Le polar rural

Résumé :

Le film noir prend ses racines dans la culture industrielle et d’urbanisation sauvage du début du siècle. C’est pourquoi la ville demeure la principale source d’inspiration du genre. Mais à y regarder de plus près, le polar trouve également tout son sens dans l’immensité territoriale des Etats-unis.

Pays du faste et de la démesure, l’Amérique a toujours séduit les cinéastes de tous horizons. Ainsi, il arrive fréquemment qu’une tragédie criminelle se noue en ville pour se prolonger dans les contrées les plus lointaines. C’est la définition même du road-movie, un genre qui trouve son inspiration dans les grands classiques du cinéma noir américain comme LA GRANDE EVASION (1941) de Raoul Walsh et son remake LA PEUR AU VENTRE (1955). La ville et son lot de malheurs représentent la négation de l’être humain, tandis que l’univers rural rend possible la rédemption dans sa forme la plus simple, la mort.
Ce postulat devient un schéma récurrent dans de nombreux films américains. Le dénouement de THELMA ET LOUISE (1991) et d’UN MONDE PARFAIT (1993) respectent cette tradition.

Même dans un milieu rural, l’ordre citadin est représenté dans sa forme la plus brute, et c’est la prison qui devient le symbole de la répression urbaine comme le démontre Nicolas Ray avec LES AMANTS DE LA NUIT (1949), adaptation réussie du roman d’Edward Anderson. La représentation d’un système social en crise qui transforme les personnages en nouveaux pionniers d’un territoire à reconquérir, va devenir une source d’inspiration intarissable.
Les films les plus marquants qui s’accordent avec ce désir de reconquête sont LE DEMON DES ARMES (1949) de Joseph H. Lewis, BONNIE AND CLYDE (1967) d’Arthur Penn et LA BALLADE SAUVAGE (1974) de Terence Malik.
Ces trois oeuvres ont pour thèmes le mal de vivre urbain (même dans une petite ville) et le retour à la nature. Ces cheminements vers une liberté contestataire et brutale ne peuvent se terminer que dans le sang, car la nature reste à jamais le cimetière des âmes citadines perdues.